UA-147560259-1 UA-147538561-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Laideur de la peinture dite moderne, beauté de la peinture classique, par Gilles Lenormand

Portrait de Louis XV

 

Maurice Quentin Delatour, dit Maurice Quentin de La Tour (Saint-Quentin 1704 – id. 1788).

Son nom, dans tous les actes officiels de Saint-Quentin, est orthographié Delatour. C'est l'artiste qui écrivit son nom en trois parties, graphie admise depuis.

Très jeune, il manifeste du goût pour le dessin, copie des estampes. En 1723, peut-être à la suite d'une intrigue malheureuse avec sa cousine, il vient à Paris, se présente au graveur N. H. Tardieu, qui le fait entrer chez Jean-Jacques Spoëde, peintre médiocre.

Il reçoit aussi les conseils de Louis de Boullogne et surtout de Jean Restout. Mais, en vérité, il se forme seul dans l'art du pastel, alors remis en vogue par Vivien et par Rosalba Carriera.

"Il s'afficha, écrit Mariette, pour peintre de portraits, il les faisait au pastel, y mettait peu de temps, ne fatiguait point ses modèles ; on les trouvait ressemblants, il n'était pas cher."

Le premier portrait daté est celui de Voltaire, que nous ne connaissons que par une gravure de Langlois, qui indique l'année 1731.

Agréé à l'Académie royale en 1737, reçu en 1746 comme " peintre de portraits au pastel " avec le Portrait de Restout, peintre, il participe aux expositions du Louvre, dont le directeur des Bâtiments du roi, Orry de Vignory, venait d'ordonner la reprise après treize ans d'interruption.

Il exécute en 1741 le grand portrait en pied du Président de Rieux, en 1742 celui de la Présidente de Rieux, en habit de bal, et, étonnant de vérité, celui de son ami l'Abbé Huber (ci dessous).

86970097_193498322015013_7062166080013205504_n.jpg

En 1743 commence la série des portraits officiels : celui du Duc de Villars, gouverneur général de Provence, est conservé au musée d'Aix-en-Provence. En 1745, il montre au Salon le Portrait de Duval de l'Épinoy (ci dessous). Le nombre des pastels envoyés par lui au Salon de 1748 s'élève à 14, parmi lesquels 8 sont conservés au Louvre : entre autres les portraits du Roi (illustration en tête d'article), de la Reine, du Dauphin et du Maréchal de Saxe.

86969547_184045506219560_4231990216308555776_n.jpg

En 1750, il est nommé conseiller de l'Académie royale ; la même année y est "agréé " un artiste que tels critiques se plaisent à lui opposer, Jean-Baptiste Perronneau.

Il exécute alors (1751) le plus “ fini ” de ses Autoportraits, celui du musée d'Amiens. La manière de l'artiste perd en moelleux et en charme ce qu'elle gagne en vigueur et en intensité de vie.

59440918_604135289992039_1325684755907215360_n.jpg

C'est, au Salon de 1753, Jean-Jacques Rousseau (ci dessus), D'Alembert.

Au Salon de 1755 est montré avec apparat le grand portrait de Madame de Pompadour (ci dessous), portrait payé mille louis d'or.

61077435_312981069617968_1284985409587118080_n.jpg

Parmi les figures envoyées par l'artiste en 1757, citons le Père Emmanuel, capucin, Mademoiselle Fel, chanteuse de l'Opéra, l'une des nombreuses actrices portraiturées par La Tour et qui fut la compagne de presque toute sa vie. Les portraits de La Tour provoquent alors l'enthousiasme de Diderot. En 1761, il expose l'image de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe (ci dessous). À partir de cette époque, il a tendance, par scrupule, à retoucher sans cesse ses œuvres, ce qui souvent les durcit et les alourdit. Les critiques parlent moins de lui. Il expose pour la dernière fois en 1773.

86317669_2755602111197624_1060297012995424256_n.jpg

Le style de Maurice Quentin de La Tour est facilement identifiable. Généralement traité en grand format, le sujet est bien placé dans la lumière, toujours de façon à estomper les disgrâces, toujours le coin des lèvres relevé pour évoquer un sourire. Le regard est toujours franc et les carnations parfaites dans leurs teintes et leurs nuances.

Sa technique évoluera peu, plus ou moins estompée selon les périodes. Un élément important de sa méthode est la préparation du portrait qui se fait par des croquis rapides au pastel, généralement en série, destinés à trouver le cadrage et l'éclairage qui met le mieux en valeur son sujet. La série des préparations pour le portrait de la Pompadour est édifiante de savoir-faire. Souvent seules ses préparations sont conservées.

De même ses thématiques sont récurrentes : lui-même (série continue d'autoportraits), les grands de ce monde, les artistes et comédiens, les religieux et intellectuels. 

82137873_605796063571809_3554452197582307328_n.jpg

Marie Leczinska, Reine de France

 

Lors des nostalgiques retours en grâce du siècle des Lumières, de La Tour sera recherché des plus grands collectionneurs (Wildenstein, Gulbelkian, Getty, etc.) À la fin du XIXème siècle, beaucoup de pastels lui étaient aveuglément attribués. Indépendamment du personnage représenté, les portraits de de La Tour virent leur valeur fluctuer considérablement. Payés des fortunes de son vivant, ils devinrent invendables après la Révolution car sa technique, le choix des sujets tout comme sa personnalité en faisaient un artiste partisan. Il n'en reste pas moins vrai que la grande rétrospective, organisée à Versailles en 2004 pour le 300ème anniversaire de sa naissance, a mis en évidence une remarquable cohérence stylistique et une incontestable maîtrise technique, qui le placent au premier plan de l'art européen sous Louis XV.

87077592_605567196674578_7541843790160461824_n.jpg

Antoine Gaspard Grimod de La Reynière

 

Féru de chimie, de géologie, d'astronomie, approuvant le mouvement philanthropique des encyclopédistes, il forme des projets humanitaires, notamment en faveur de sa ville natale, où il se retire avec son frère en 1784. Celle-ci est dotée par lui de deux rentes, pour les femmes en couches et pour les artisans vieux et infirmes, d'une école gratuite de dessin, richement pourvue pour l'avenir et qui existe toujours dans le bâtiment de style XVIIIème construit par Paul Bigot de 1928 à 1931 pour l'abriter, ainsi que de 92 pastels de La Tour, tant esquissés qu'achevés. Le peintre fonda trois prix, dont l'un à l'Académie des sciences d'Amiens et un autre, celui de la demi-figure, encore décerné. Les sommes élevées qu'il demandait à la commande l'avaient considérablement enrichi.

Lié au mouvement philanthropique des Lumières, il octroya des rentes à des institutions religieuses de sa ville natale, pour leurs œuvres sociales. En 1782, il fonda une école de dessin qui existe encore aujourd'hui sous le nom d’École de La Tour.

86703728_525935824702537_8320441573317804032_n.jpg

Le marquis de Voyer d'Argenson

 

Son caractère indépendant, autoritaire, irascible s'altéra pendant ses dernières années, au point qu'il perdit la raison. L'artiste mourut intestat ; son frère légua à la ville de Saint-Quentin toutes les œuvres et études du peintre, qui constituent le fonds du musée de cette ville. Dans ses portraits les plus réussis, un modelé à la fois souple, ferme et léger saisit au-delà de la ressemblance, derrière un regard, un sourire, une moue, la psychologie du modèle ou ce que celui-ci veut en montrer. Des accents de lumière et d'ombre la mettent encore en valeur. La gamme chromatique est à dominantes bleue et gris perle ; le rose est fréquent ; peu de rouge et de jaune. Les accessoires sont soigneusement indiqués, sans minutie, et définissent le personnage, les fonds sont heureusement nuancés dans une pénombre. Il a inventé pour ses pastels un fixatif dont il n'a pas laissé le secret de composition.

En 1784, alors qu'il est atteint de démence sénile, sa famille le fait revenir à Saint-Quentin.

Après sa mort, en 1788, son fonds d'atelier et une grande partie de son œuvre ont été légués à la ville de Saint-Quentin par son frère.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel

Le quotidien royaliste sur la toile - ISSN 2490-9580 - SITE OFFICIEL