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Laideur de la peinture dite moderne, beauté de la peinture classique, par Gilles Lenormand

4.jpgJean Bourdichon, né à Tours en 1456/1457, et mort à Tours en 1520/1521, est un peintre et enlumineur de la cour de France entre la fin du XVème siècle et le début du XVIème siècle. Il fut peintre en titre de quatre rois de France, Francois 1er, Louis XI, Charles VIII, Louis XII.

Il est surtout connu comme l'enlumineur de son œuvre principale, Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne.

(Ci dessus, La Vierge et l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste; et, ci-contre, Anne de Bretagne entourée de ses protectrices)

Enlumineur d’une exceptionnelle longévité, Jean Bourdichon est le plus illustre continuateur de Jean Fouquet, dont il fut l’élève, ou celui de son fils, le maître du Boccace de Munich. Peintre de cour, il sut valoriser ses commanditaires par des ouvrages abondants et luxueux. Bien que peu présent dans l’historiographie artistique de l’époque, on le considère aujourd’hui, grâce à sa pièce maîtresse, les Grandes heures d’Anne de Bretagne, comme l’un des peintres français les plus talentueux de cette époque charnière de la Renaissance.

Jean Bourdichon ne signe pas ses œuvres. Aussi est-ce sur des critères stylistiques que les grands spécialistes, depuis Emile Mâle, Léopold Delisle, Paul Durrieu puis  François Avril et Nicole Reynaud, ont pu reconstituer partiellement son itinéraire.

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Leateliers d’enluminure de la ville  de Tours vont profiter de la clientèle de cour et du développement, sous le roi Louis XI, d’une très riche bourgeoisie d’affaires commerciales et financières, qui va donner certains des ministres les plus en vue des règnes postérieurs, de Charles VIII, Louis XII et François 1er.

Au temps de l’adolescence de Jean Bourdichon, le peintre le plus en vue est Jean Fouquet. Avec son  Livre d’heures d’Étienne Chevalier et Les Grandes Chroniques de France, Jean Fouquet a imposé son style marqué par une synthèse de l’art flamand, de l’art de la première renaissance italienne et de l’enluminure française (ci contre : la descente de Croix).

Jean Bourdichon va  se former au sein de l’atelier de Jean Fouquet, à moins que ce ne soit celui de l’un de ses fils, le fameux Maître du Boccace de Munich. Ses premières réalisations vont se confondre avec la production de l’atelier de Jean Fouquet ou de son fils. Cette proximité va susciter des interrogations multiples sur les œuvres dans lesquelles on peut commencer à reconnaître le talent du jeune Bourdichon.

C’est sans doute au titre de cette collaboration que Jean Bourdichon participe à l’illustration des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe : cet ouvrage, commencé au début du quinzième siècle a été illustré en plusieurs étapes. Les premières illustrations, du vivant du duc Jean de Berry, ont été réalisées en 1415 par le Maître du Josephe, la scène de la création d’Adam et d’Ève, a été composée vers 1420 par le Maître de l’Annibal de Harvard.

Enfin, Jean Bourdichon, à ses débuts, vers 1475, aurait composé quatorze miniatures à pleine page.

C’est sans doute également à cette époque que Jean Bourdichon participe aux Heures-Du Pou Veauce, un livre d’heures commandé par François du Pou, secrétaire du duc de Bretagne et dont le travail semble s’être partagé entre le Maître tourangeau Jean Fouquet, et son élève le plus doué, Jean Bourdichon.

Les miniatures, d’excellente qualité, et d’une grande fraîcheur, montrent un répertoire iconographique classique issu de la tradition des petits livres d’heures dits de l’atelier de Fouquet, mais traités avec une certaine indépendance vis-à-vis des modèles.

6.jpgJean Bourdichon utilise un cadrage à mi-corps des figures qui rapproche l'œil du spectateur et crée un effet d'intimité. Au minces filets qui encadrent les miniatures se substituent des cadres dorés et ombrés, portant fréquemment des inscriptions, et qui en font de plus en plus des peintures de chevalet. L'artiste privilégie l'or et le bleu (ci contre : l'adoration des Mages). Il aime placer ses personnages dans une atmosphère de nuit, ombrée de bleu où des sources de lumière dorée éclairent des personnages. Si le fond est un paysage, il est pris dans une couche de bleu amorti éclairé d'un coucher ou lever de soleil naissant, dans un intérieur, la perspective est rigoureusement respectée. Les vêtements des personnages principaux sont rehaussés de fines rayures d'or. Les premières miniatures sont étonnamment claires ,plates, roses et fortement rehaussées de longues hachures dorées.

Le goût de la couleur nette et du travail de l’or, qui sont propres à l’artiste, le distinguent plus généralement des suiveurs directs de Fouquet, de même que les figures d’assez forte taille, poussées au premier plan et, déjà, la prédilection pour les scènes nocturnes, à éclairage artificiel.

Les premières miniatures sont étonnamment claires, plates, roses et fortement rehaussées de longues hachures dorées. Dans certaines miniatures ultérieures, comme la Nativité des Grandes Heures, les vêtements ne portent aucun rehaut d'or malgré l'effet d'éclairage artificiel apporté dans la scène nocturne par la lanterne de Joseph. Dans les images de dévotion, les yeux des personnages, rehaussés de blanc, sont levés vers le ciel dans une posture pieuse.

2.jpgL'originalité la plus frappante de Bourdichon est l'usage de bordures de fleurs et de fruits, peuplées d'insectes réalisées en trompe-l'œil et qui ornent les pages, comme dans les Grandes Heures (ci contre : Crucifixion, dans les Heures Catherine). Au lieu du semis de fleurs coupées en usage dans l'enluminure flamande, Bourdichon présente sur fond doré des plants entiers de fleurs, dressés sur toute la hauteur de la bordure, depuis leur pied jusqu'à leurs boutons, comme dans un traité de botanique. Ultérieurement, comme dans les Heures d'Aragon, il s'italianise au contact de Giovanni Todeschino et reprend notamment des candélabres massifs ou des encadrements architecturaux de style renaissance.

En 1491, il ne fournit pas moins de treize tableaux au roi Charles VIII, d’après le même article de Jacques Guignard, preuve qu’à cette date les compétences du peintre de Tours ont été reconnues par le roi...

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L'homme riche...

Au début et à la fin de sa carrière, Jean Bourdichon travaille beaucoup en collaboration

La plupart des collaborations ne suggèrent guère un artiste en tête d’un véritable atelier doté d’assistants et de sous assistants
Les miniatures de Bourdichon côtoient souvent celles d’autres artistes, sans qu’il soit intervenu à leurs côtés ou qu’il n’ait partagé ses locaux
Ces nombreuses collaborations trahissent un système de production imposé par les libraires, qui répartissent couramment des cahiers de livres incomplets entre plusieurs artistes, avant de les assembler en un produit final

Ce mode particulier d’organisation a certes permis à Jean Bourdichon de connaître le travail de ses contemporains mais il a également permis à des peintres de moindre talent, de s’inspirer étroitement de Jean Bourdichon, voire de réaliser de véritables plagiats. 
Cette observation est sans doute particulièrement juste pour les œuvres tardives du peintre, à la réputation brillamment illustrée par ses œuvres précédentes

lafautearousseau

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