Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le jardinier et le saint

 

Par Péroncel-Hugoz 

TRAVAUX DIVERS - Largeur + 2.jpgNotre confrère Péroncel-Hugoz, longtemps correspondant du Monde dans l'aire arabe, a publié plusieurs essais sur l'Islam, et il travaille maintenant à Casablanca pour le 360,  l'un des principaux titres de la presse francophone en ligne au Royaume chérifien. Il tient aussi son Journal d'un royaliste français au Maroc, dont la Nouvelle Revue Universelle a déjà donné des extraits. Nous en faisons autant, depuis janvier 2016, en publiant chaque semaine, généralement le jeudi, des passages inédits de ce Journal.  LFAR    

 

IMG - Copie.jpgLundi 14 février, Chaouïa

Bouchaïb, un quadra père de trois enfants, Mzabi (originaire de Benahmed, près de Khouribga et non du Mzab algérien), analphabète, brave homme, bon jardinier, souvent sans travail et auquel j'en ai donné un peu ces temps-ci, dans mes deux jardinets, en marge d'un remplacement qu'il faisait au service municipal des jardins de Moha, m'appelle pour savoir si je n'ai pas besoin de lui en ce moment. Hélas ! pour lui non mais je lui dis que je suis preneur d'œufs de sa petite basse-­cour. Il habite un douar minuscule en bordure. de l'ancienne base aérienne américaine de Benslimane, à 30 km de chez moi. Il prend le bus et une heure après il est ici. Je le trouve amaigri, hâve même. Faouzia lui prépare un bon gros sandwich au casher, cette saucisse musulmane industrielle prisée des autochtones, un thé, des bananes. Une fois qu'il est rassasié, je le fais un peu parler. Le travail ? Ouallou, rien en ce moment ni à la campagne ni à la ville. « Je suis allé tailler des vignes près de Moulay-Bouchaïb [son saint patron], à Azemmour - Tu*as donc rapporté un peu de baraka du saint...  - Pas du tout, je ne suis même pas allé visiter sa koubba, là-bas avec les autres ouvriers agricoles on a surtout bu du 3/4 ...». C'est le nom que les Marocains donnent au vin : trois quarts (de litre). Je suis édifié.  • 

*En arabe, n'existe que le tutoiement et je parle bien sûr cette langue avec Bouchaïb qui ne connaît que deux ou trois mots de français. L'accusation idéologique de « tutoiement colonial » envers nos colons ne tient plus dès lors qu'on sait que cet usage était surtout une marque d'adaptation à l'idiome local. Je m'efforce de suivre cet exemple.

Retrouvez l'ensemble des textes parus depuis le 14 janvier 2016 en cliquant sur le lien suivant : Journal d'un royaliste français au Maroc.

Écrire un commentaire

Optionnel