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De Jean-François Mattéi à Alain Finkielkraut.....

            Cette semaine, nous aurons eu la chance de rester sur les sommets. Lundi et mardi dernier, nous étions avec Jean-François Mattéi, à propos de son ouvrage Le regard vide. Essai sur l'épuisement de la Culture européenne. Et nous écoutions l'entretien qu'il a eu avec Damien Le Guay sur Canal Académie.

            Aujourd'hui, nous sommes avec Alain Finkielkraut, et nous écoutons l'entretien qu'il a eu avec Nicolas Demorand le vendredi 26, sur France inter (il était L'invité d'inter, ce matin-là).

            Les analyses d'Alain Finkielkraut, sur l'essentiel, ne concèdent rien au politiquement correct. Même si d'aucuns pourront discuter certains de ses avis sur des sujets qui, à notre sens, ne sont pas, pour nous, de la première importance. Sur ce qui compte, de notre point de vue (Droits de l'Homme - La substance française) sa réflexion enrichira la nôtre. Elle témoigne, d'autre part, de tout le mouvement d'une importante partie de l'intelligence française vers la redécouverte de ce qui fonde notre ou nos identités française et européenne.    

            Vous pourrez écouter les deux parties de l'émission en cliquant sur le lien ci dessous : d'abord, pendant un peu plus de neuf minutes, Alain Finkielkraut dialogue avec Nicolas Demorand; ensuite, pendant un peu plus de dix-huit minutes, il répond à quelques questions d'auditeurs.....

            http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/index.php?id=81108

            Nous avons également pensé qu'il était bon d'avoir une trace écrite de cette remarquable prestation: aussi avons-nous retranscrit ces deux parties de la même émission. Nous donnons aujourd'hui le texte de la première partie, et nous donnerons demain le texte de la seconde partie.

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Première partie de l'émission : Alain Finkielkraut répond à Nicolas Demorand (durée : 9 minutes).

Nicolas Demorand: Il est 8h20, l'invité de France Inter est, ce matin, philosophe et professeur à l'École polytechnique; bonjour, Alain Finkielkraut.

Alain Finkielkraut:  Bonjour.

N.D.: On voulait revenir avec vous ce matin sur un certain nombre de questions qui ont traversé l'actualité ces derniers jours, ces dernières semaines; certaines soulèvent des questions de société... Un mot dans le sillage de la chronique de Bernard Guetta sur votre lecture de la situation iranienne. Vous étiez à la manifestation de soutien, samedi dernier, à Paris, à ce grand mouvement populaire. Avez-vous vu les images dont parlait Bernard Guetta de cette jeune fille en train de mourir... elles ont fait le tour du monde.....

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A.F.: Oui, je les ai vues, comme tout le monde, et j'étais, comme tout le monde, absolument bouleversé... nous n'en n'avons pas fini avec le totalitarisme. Le totalitarisme, sévit en Iran; il y a, il y a eu, un printemps de Téhéran; d'ailleurs les chroniques mêmes, récentes, de Bernard Guetta l'attestent; il retrouve ce mélange de lyrisme et d'exactitude qu'il avait au moment de l'affaire polonaise... et ce à quoi nous assistons est atroce: on est plongé dans l'admiration, aussi, pour ces gens qui manifestent dans la rue au péril de leur vie. Nous avons oublié ce que c'était que ce manifester au péril de sa vie: nous ne l'avons jamais connu, nous avons eu cette chance... alors nous nous inventons des ennemis imaginaires, nous fachisons le pouvoir en France... là nous voyons ce qu'il en est d'un pouvoir authentiquement totalitaire.

         Vous avez parlé de cette image, il y en a une autre, qui est absolument terrible, ce sont ces manifestants témoignant devant des caméras de télévision qu'ils ont été manipulés par l'étranger. Mais le gouvernement iranien est gêné, notamment par l'effet Obama. Il est beaucoup plus difficile de transformer l'Amérique d'Obama en Grand Satan que l'Amérique de Bush. N'empêche, ils s'y essayent, n'empêche, malgré la technologie et l'utilisation que les manifestants ont fait de ce nouveau moyen, ce gouvernement a décidé d'écraser le printemps de Théhéran et pour le moment, hélas, il y arrive.

N.D.: Cette semaine, le Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme a disparu du gouvernement, même si François Fillon dit que c'est désormais Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères, qui aura la charge de cette question. C'est un télescopage étonnant de l'actualité. Que peut faire la France pour aider les iraniens ?

A.F.: De toutes façons le Sécrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme n'aurait rien pu faire en tant que tel, donc il ne va pas manquer dans cette occasion...Je ne sais pas exactement ce que peut faire la France. Je pense qu'aucune espèce d'accommodement n'est possible avec ce gouvernement. Maintenant les choses sont claires, on sait aussi d'ailleurs que des gens du Hezbollah, du Hamas et  des milices chiites d'Iran sont parvenus à Téhéran pour participer à la répression du mouvement... donc quelque chose là apparaît en pleine lumière: aucune transaction, aucun accommodement n'est possible avec le gouvernement d'Ahmadinejad.

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N.D.: Comment on défend les droits de l'homme dans un contexte pareil ?

A.F.: On ne peut pas faire la guerre ! La télévision nous donne le sentiment que tout est à portée de main, alors si tout est à portée de main pourquoi n'allons-nous pas en aide ? On ne sait pas comment faire... On défend les droits de l'homme en prenant partie de la manière la plus claire pour les manifestants; on les défend en refusant toute concession à Ahmadinejad....

N.D.: Vous pensez que c'est la bonne arme, les droits de l'homme ?..... Vous les avez critiqués, vous avez été critiques sur cette idée, ce concept là, sur cette idéologie des droits de l'homme.....

A.F.: C'est très intéressant. Les droits de l'homme ont été brandis par la dissidence dont nous parlions tout à l'heure, comme une limite au pouvoir. En France, les droits de l'homme c'est tout autre chose: il y a un télescopage entre deux conceptions, deux pratiques des droits de l'homme: cette opposition au pouvoir au nom des droits qui se manifeste en Iran et, en France, les droits de l'homme ne sont pas du côté de la limite mais de l'illimitation. Au nom des droits de l'homme on affirme le caractère illimité de tous les désirs, donc c'est le droit à l'enfant, qui débouche sur la demande de la gestation pour autrui, c'est-à-dire une exploitation des femmes pauvres par les femmes riches. C'est le refus de la loi Hadopi, c'est-à-dire je peux vouloir télécharger comme je le souhaite pour satisfaire ma propre demande illimitée.... 

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Sylviane Agacinski et.....

N.D.: C'est un droit fondamental, l'accès à Internet désormais....Les Sages du Conseil constitutionnel l'ont redit....Comment vous avez reçu cette décision ?

A.F.: Les Sages ont voulu devenir des jeunes, et quand les jeunes sont partout, même chez les Sages, c'est une mauvaise nouvelle, et surtout pour les jeunes. J'ai trouvé cette décsion absolument stupide, et je dois dire que, le jour même où elle a été prise, Milos Forman, à Washington, a félicité la France, précisément pour le droit d'auteur et sa loi Hadopi. Car il y avait un sommet mondial du droit d'auteur, à Washington, et il descend de l'estrade, on lui explique que le Conseil Constitutionnel vient de censurer cette loi, et tout le monde à Washington était attéré. Voir la France se retourner contre le droit d'auteur, au nom de ce droit invraisemblable de tout un chacun à l'expression et à la consommation -car c'est une expression du Conseil constitutionnel...-

         On n'a vraiment aucune raison de se réjouir, et on peut même s'inquiéter parce que, si vous voulez, cela veut dire que le modèle des droits de l'homme qui sévit aujourd'hui c'est ce qu'on appelait, en philosophie, le jus in omnia, c'est-à-dire le droit de chacun à tout ce qui lui est utile. Ce droit là faisait peur aux libéraux eux-mêmes. Il doit pouvoir, dit-on, s'exercer sur Internet, mais ça c'est quoi ? C'est la muflerie généralisée. Et comment voulez-vous, si vous avez le droit à la muflerie sur Internet, vous retrouver dans la vie réelle capable de retenue, de réserve, de ménagement vis-à-vis du monde. Ça c'est une des grandes contradictions de la gauche aujourd'hui, et même de la gauche écologique: pratiquer la muflerie dans le virtuel et demander la retenue dans le réel.

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...Christine Albanel se sont opposées toutes deux aux dérives que dénonce Finkielkraut.

N.D.: Donc il y a de bons droits de l'homme pour les iraniens, et des droits de l'homme mous, et scandaleux et mufles pour les Français et les pays occidentaux ?.....

A.F.: Non...

N.D.: Il y a un bon Internet pour les dissidents, et un mauvais Internet pour les gens ici.....

A.F.: Non, l'Internet pour les dissidents....avec twitters etc... ils ont réussi à alerter le monde, ils ne vont pas nécéssairement réussir à empêcher le pouvoir d'écraser ce mouvement; donc, ne poussons pas le fétichisme de cette nouvelle technologie jusqu'à la bêtise irénique...

N.D.: Ça c'est pour moi....

A.F.: Ce que je dis simplement c'est que il y a deux conceptions des droits de l'homme partout dans le monde: limite au pouvoir, illimitation des désirs. Et il y aurait quelque mauvaise fois, si vous voulez, à se servir de l'exemple anti-totalitaire pour justifier la pratique des droits de l'homme telle qu'elle se manifeste aussi bien sur Internet qu'avec les nouvelles technologies de procréation....

N.D.: Donc Hadopi, nouvelles technologies de procréation: deux symptômes d'après vous, Alain Finkielkraut, d'une crise profonde de la gauche ? Vous l'avez dit, comme ça, en passant ?....

A.F.: Oui...oui. D'abord parce que aujourd'hui nous sommes sollicités, en, quelque sorte, de faire attention, de ménager le monde, de l'épargner. Nous devons nous concevoir de plus en plus comme les obligés du monde, et dans le monde il y a la Terre, mais il y a plus que la Terre: il y a la langue, il y a la culture, tout cela demande une véritable conversion existentielle, à laquelle le mouvement écologique appelle d'une certaine manière, et c'est la raison du succès des listes écologiques aux européennes, mais les pratiques qui sont par ailleurs célébrées et légitimées vont dans un tout autre sens, et c'est cette contradiction que moi je voudrais faire apparaître.

         J'ai sous les yeux, par exemple, une tribune d'Eric Beauchamp - au demeurant un excellent cinéaste-   contre la loi Hadopi où il disait que "cette loi agresse voire insulte cette partie de la population qui vit la mondialisation sans états d'âme, celle qui épouse le mouvement de l'histoire"; si la gauche veut accompagner les processus, eh bien les processus peuvent marcher tout seuls, sans elle, et, d'autre part, le grand paradoxe, il est celui-ci : nous avons besoin de régulation, et si la gauche réclame une dérégulation tous azimuts pour les individus, alors les électeurs, les gens, se tourneront vers la droite, pour opérer cette régulation nécéssaire, ce qui est, on le voit dès aujourd'hui, la grande surprise de notre temps.

N.D.: Alain Finkielkraut, un mot avant la revue de presse; on va se retrouver bien entendu avec les auditeurs de France inter dans quelques instants; vous êtes un grand fan des Beatles; la mort de Mickaël Jackson vous inspire un commentaire ?

A.F.: La mort d'un homme est toujours triste, et quand cet homme a pris toutes les mesures, toutes les dispositions pour ne pas mourir, elle est plus tragique encore. Cela dit, quand je vois l'humanité tout entière, du Japon à l'Angleterre, communier dans le deuil d'un chanteur qui n'était rien pour moi, je suis un peu mal à l'aise; j'ai déjà fait l'expérience de l'inappartenance, mais l'inappartenance à l'Humanité, ça fait drôle....         

Fin de la première partie.

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